La problématique
FAC lance un chantier avec l’objectif de long terme de construire des initiatives de formation-action susceptibles de mobiliser des acteurs du mouvement social d’histoire et de sensibilité variées sur le thème travail et démocratie. Dans un premier temps, l’ambition de FAC est de produire un matériau, mobilisable dans cette perspective, à partir de la confrontation de différentes expériences et pratiques développées sur ce thème aussi bien dans les secteurs du salariat que dans ceux qui en sont à sa marge voire sont sortis du modèle dominant de l’économie monétaire. L’objectif n’étant pas ici de trancher le débat entre la nécessité de « libérer le travail » et celle de « se libérer du travail » mais de susciter des confrontations fécondes entre tous ceux qui développent des pratiques alternatives au modèle dominant (celui de la démocratie actionnariale). La confrontation de ces différentes démarches relève de la conception de l’éducation populaire porteuse de perspectives émancipatrices à laquelle FAC est attachée.
Le groupe porteur du projet explicite sa démarche au travers d’une série de questionnements qui précisent, au delà des termes “travail et démocratie”, le périmètre d’investigation et les angles d’approche de la question.
Les questionnements
On s’intéresse ici aux marges de manoeuvres au niveau de la gestion. Entre un procès de production autogéré et les contraintes pathogènes dans lesquelles sont enfermés les salariés d’une société cotée en bourse, il y a nombre de situations intermédiaires qu’il nous paraît important d’explorer dans cette perspective. Elles ne sont d’ailleurs pas indépendantes les unes des autres, la coopérative autogérée se trouvant toujours confrontée aux relations avec le secteur concurrentiel.
Face à la dégradation des rapports sociaux au travail, à la diffusion d’une idéologie managériale, cette question est importante. Là encore, l’idée est de s’interroger sur les marges de manoeuvre. Dans les entreprises alternatives, les rapports salariaux et les relations de pouvoir peuvent-ils s’exercer de manière vraiment différente ou bien toute activité finit-elle par subir un inévitable effet de normalisation en raison de contraintes qui la dépassent ?
La question des pratiques professionnelles n’est pas une dimension secondaire dans notre approche. Elle renvoie aux identités professionnelles qui sont bousculées, niées pour ne pas dire éradiquées dans le cadre des réorganisations du travail et des logiques managériales. Il semble donc intéressant de prêter attention à ceux qui tentent de maintenir, d’inventer, de construire des collectifs porteurs d’une vision du travail diamétralement opposé à celle des « managers ». Des collectifs dont les pratiques alternatives sont porteuses de décloisonnement, de redéfinition de ces identités dans un sens politiquement désirable (plus de démocratie au travail).
Les droits fondamentaux ne sont rien sans les moyens de leur plein exercice. L’emploi (et non pas le travail) reste la condition d’accès à la plupart de ces droits. La néo-libéralisation du travail utilise l’emploi (et le non-emploi) comme variable d’ajustement aux exigences du marché fabriquant des légions de citoyens amputés d’une grande partie de leurs droits quand ils n’en sont pas pleinement privés (radiation). La précarisation du travail viole les droits démocratiques de tous ceux qu’elle exclut partiellement ou totalement du travail rémunéré. Mais elle fait de même avec le salariat en imposant la déflation salariale systématique et le déploiement massif d’une gestion individualisante des carrières et des compétences.
Le marché du travail a fini par subordonner voire par faire disparaître la question centrale de son utilité sociale et écologique. Quelles sont les initiatives et les alternatives qui parviennent à s’émanciper et à se repositionner au cœur d’un projet social et écologique ? Au-delà des simples récupérations à la mode, dans quelle mesure et au prix de quelles difficultés ?
Méthode
Dans ce cadre, nous proposons de lancer la démarche suivante :
Ce chantier s’inscrit dans la durée. Nous nous fixons l’échéance du début de l’année 2010 pour programmer les premières initiatives co-construites selon cette démarche.
Bibliographie
Thomas Coutrot, Néo-libération du travail et autogestion
L’appel du collectif Travail et démocratie
Thomas Coutrot, Comment sortir du capitalisme ? Vers un socialisme civil
Charles Piaget, Leçons d’autogestion, entretien conduit Bernard Ravenel. Revue Mouvements
Marie-Anne Dujarier, L’idéal au travail, PUF, Paris, 2006 (Cet ouvrage est dans la bibiothèque de FAC)
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